Lamas regrettés

.Notre premier maître – le Vénérable Lama Ogyen – est intimement lié à la progression du Bouddhisme tibétain en Belgique. Il est né au Kham (Tibet Oriental) en 1933. À l’âge de 7 ans, il entra au monastère de Tsatsa. Il fuit vers l’Inde avec sa famille lorsque la Chine envahit le Tibet. Il y reçut les enseignements de Kalou Rinpoché et, une fois sa retraite de trois ans effectuée, celui-ci l’envoya enseigner en Belgique, à la demande des Occidentaux et avec la bénédiction de SS le Dalaï-Lama. Il fut le premier maître de l’école Kagyu dans notre pays. En tant que directeur spirituel, il fit preuve de compassion, d’humilité et de ténacité. Ces qualités l’aidèrent à développer l’institut de Schoten et à créer Yeunten Ling. Il dirigea ces centres durant plus de vingt ans. La maladie l’obligea à transmettre la direction spirituelle à Lama Karta. Lama Ogyen nous quitta en 1990.

 

 

 Lama Karta est né peu de temps après que ses parents aient fui le Tibet. Son grand-père était un grand pratiquant, ce qui explique pourquoi ses parents, qui étaient pieux, l’envoyèrent au monastère de Sonada près de Darjeeling, en Inde. Il y bénéficia d’une éducation monacale stricte au pied de l’Himalaya, suivie d’études normales à la Tibetan Central School de Kurseong. Il partagea ses études entre deux mondes : le matin, il enfilait ses habits de moine pour suivre les enseignements du monastère, pour ensuite enfiler l’uniforme de l’école et bénéficier d’une éducation occidentale dans une école anglophone.

À l’âge de treize ans, il fut marqué par la mort de son père. ‘Mon père nous quitta en deux jours. Cet événement est gravé dans ma mémoire : je compris alors pleinement à quel point l’impermanence est au cœur de la vie. Cette expérience m’a fait comprendre l’importance d’apprécier cette existence en lui donnant tout son sens.’

À dix-sept ans, Kalou Rinpoché, en accord avec la mère et les professeurs de Lama Karta, lui demanda ce qu’il voulait faire de sa vie. Lama répondit qu’il souhaitait devenir médecin pour soulager les souffrances des êtres. Mais il reçut le conseil suivant : ‘Le monde regorge de spécialistes en toutes sortes de sciences ! Par contre, ce monde manque de bons spécialistes en dharma.’

Lama suivit ce conseil et entreprit la longue retraite de trois ans et trois mois. ‘Dès le premier jour, j’étais astreint à de longues séances de méditation silencieuses. Les heures passaient si lentement que j’ai bien cru ne pas pouvoir demeurer en retraite !
Mais petit à petit, je l’ai tant appréciée, qu’au terme des trois ans, j’ai demandé à pouvoir recommencer.’ Cette fois – Lama Karta avait 23 ans – on lui conseilla de se rendre en Occident et d’y enseigner le dharma. Kalou Rinpoché avait remarqué que Lama Karta se sentait à l’aise avec des personnes d’horizons différents. C’est pourquoi il l’envoya en Occident. Tout d’abord, Lama Karta partit en 1987 pour une durée de cinq ans à Montchardon en France, puis le Vénérable Kalou Rinpoché lui demanda de se rendre en Belgique. Quand Lama Ogyen décéda, Lama Karta prit la direction spirituelle du centre. Durant de nombreuses années, Lama Karta fut le moteur de notre mandala.

Notre Vénérable Lama Karta était un homme remarquable au charisme puissant. Il eut un impact important sur tous ceux qui eurent la chance d’échanger quelques paroles avec lui. Son nom ‘Karta’ est en fait la contraction de Karma Tashi, ce qui signifie ‘action bénéfique’. Ses années pleines d’activités en témoignent : Lama vécut plusieurs vies en une. Il dispensait des enseignements dans toute l’Europe, mais restait disponible à toute heure du jour et de la nuit pour visiter les malades, les mourants ou les prisonniers. Il rendait leur souffrance tolérable. Les mourants trouvaient une fin paisible, grâce à sa présence. Il trouva néanmoins encore le temps de rédiger de nombreux ouvrages sur le Bouddhisme.
 

Lama fut le pionnier du projet du nouveau temple : c’est sous sa direction que le temple prit peu à peu forme.

Lama Karta était doué d’une voix remarquable, qui fut même remarquée par Mick Jagger. Une amitié naquit entre eux et Lama était convié à chaque concert des Stones à Forest National. Si vous regardez bien dans le temple, vous ne manquerez pas d’apercevoir un cadeau de Mick Jagger.

Lama Karta enregistra différents CD : par exemple, ‘Tibetan Chants, Buddhist meditation’. Il donna régulièrement des concerts dans l’église des Minimes à Bruxelles, mais également dans le magnifique nouveau temple de Huy.

L’année 2013 fut particulièrement difficile pour nos instituts. Après une longue maladie, notre bienaimé Lama Karta nous quitta le samedi 23 février 2013 à 10 heures. Lama Karta fut un exemple de sagesse et tolérance tout au long de sa maladie, une maladie qu’il observa avec attention, qu’il combattit, mais qui finit par l’emporter.

Les douleurs insupportables durant les cinq derniers mois de sa vie ne vinrent pas à bout de sa patience et de sa bonté. Son esprit resta lucide jusqu’au tout dernier instant.

Il était en méditation profonde lorsqu’il rendit le dernier souffle.

La dernière volonté de Lama était que nous continuions à nous impliquer avec la même harmonie pour le bien-être de tous les êtres vivants. Depuis qu’il nous a quittés, bien des choses ont changé : de nombreuses personnes se sont impliquées dans notre mandala et y ont pris des responsabilités en tant que bénévoles.